Qu'est-ce qu'une "personne âgée"?
De Espace Citoyen.
Définir ce qu'est une « personne âgée » n'est pas simple. Est-ce l’âge ou le niveau d’autonomie qui marque le vieillissement ? Quelle est la perception des aînés dans notre région ? Avez-vous été témoin de situation démontrant de l’âgisme, c’est-à-dire de la discrimination envers les personnes âgées ? Comment vit-on le vieillissement à Québec quand on est immigrant ? Comment vivent les sans-abri âgés à Québec ? Comment profiter du dynamisme des personnes âgées de notre région ?
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Sommaire |
À quel âge devient-on aîné ?
Une question apparemment simple, mais très complexe quand on y réfléchit.
À 50 ans ?
C'est l'âge auquel s'adresse le site Internautes poivre et sel …et d'autres magazines
C'est aussi l'âge de certaines retraites qu'on dit « prématurées »…
À 55 ans ?
C'est l'âge auquel s'adresse le site Services Québec - Citoyens « Pour les 55 ans ou plus », un site qui offre une mine d'informations sur tout ce qui tourne autour de la retraite et des dispositions à envisager comme son testament ou son mandat d'inaptitude.
À 60 ans ?
C'est l'âge où, au Québec, on peut commencer à toucher sa rente de retraite, pour peu qu'on y ait contribué et à quelques autres conditions.
À 65 ans ?
C'était autrefois l'âge officiel de la retraite. Mais depuis 1982, la Loi sur les normes du travail donne le droit au salarié de demeurer au travail même « s'il a atteint ou dépassé l'âge ou le nombre d'années de service à compter duquel il serait mis à la retraite » (1).
C'est aussi l'âge où les gens touchent légalement la fameuse « pension de vieillesse » du fédéral, de son nom officiel : la Prestation de la Sécurité de la vieillesse (PSV).
Et c'est l'âge auquel « tous les citoyens québécois sont automatiquement inscrits au régime public d'assurance médicaments(2). »
65 ans, c'est encore l'âge de ces petits « privilèges » qui font plaisir : rabais dans les transports en commun, dans quelques cinémas et certains jours dans les magasins à grande surface…
À 70, 75 et même 80 ans ?
puisque l'espérance de vie augmente...
Vous préférez peut-être penser que l'âge auquel on devient aîné n'a pas d'importance et varie pour chacun : lorsqu'on prend sa retraite, lorsqu'on devient grand-parent ou lorsqu'on commence à se servir d'une canne (3). Et vous souriez à celui qui dit : « je suis âgé, mais je ne suis pas vieux » ou à cette autre qui ajoute « je suis âgée, mais j'ai le cœur jeune ». Certains souhaitent au contraire qu'on distingue le 3e âge et le 4e âge.
Et il y a aussi ceux qui affirment que « les stades de la vie, les besoins et les intérêts diffèrent selon que l'on a 50, 70 ou 90 ans » et qui tiennent à affiner encore cette distinction (4). Est-ce que ce serait par crainte ou par refus de la « grande vieillesse » ? Chose certaine, il ne faut pas confondre le vieillissement de la population (augmentation du pourcentage des gens de plus de 65 ans, par rapport à celui des jeunes) et le vieillissement individuel qui varie d'une personne à l'autre suivant les circonstances de la vie, la santé et tant d'autres causes (5). Au fond, cette question d'âge a-t-elle un sens autre qu'administratif ? N'est-ce pas vrai que, de 50 à 100 ans, l'intervalle est le même que de la naissance à 50 ans et que c'est un peu fou de mettre tous ces gens « dans le même panier » ? Que dit-elle de notre façon de considérer les aînés ?
Voici la position que nous vous proposons : ce n'est pas l'âge comme tel qui crée les demandes de services, mais les différentes situations de la vie et en particulier le degré d'autonomie des personnes. Nous considérons donc la population âgée selon trois degrés différents d'autonomie, quel que soit leur âge : les gens actifs et autonomes, les gens en légère perte d'autonomie et qui restent actifs avec un peu d'aide ainsi que les gens en perte d'autonomie, devenus très dépendants.
Notes
(1) Résumé partiel de l'article 84,1 de la section VI.1 de la Loi sur les normes du travail. Ajoutons l'exception : « Toutefois, […] ce droit n'a pas pour effet d'empêcher un employeur ou son agent de congédier, suspendre ou déplacer ce salarié pour une cause juste et suffisante. »
(2) Dépliant de la Régie de l'Assurance maladie du Québec L'assurance médicaments à la retraite. Assurez-vous d'être assurés au bon endroit. Ce dépliant ajoute : « … les personnes qui sont toujours admissibles à un régime privé ont un choix à faire. »
(3) Vous souvenez-vous de l'énigme du Sphinx ? Quel est l'animal qui marche sur quatre pattes le matin, sur deux pattes à midi et sur trois pattes le soir ? C'était au temps où les « marchettes » (ou déambulateurs) n'étaient pas inventées…
(4) Tournée de consultation - Une pleine participation des aînés au développement de la société. Afin de construire un Québec pour tous les âges. « Compte rendu de la rencontre de Sainte-Foy, le dimanche 27 février 2005 », p. 93.
(5) On trouvera des informations supplémentaires sur les pages AINÉS du ministère de la Famille des Aînés et de la Condition féminine (MFACF)
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La perception des aînés dans notre société
Les comptes rendus de recherche affirment presque tous que, malgré tout ce qu'on écrit sur les aînés, ceux-ci sont mal connus. Il semble y avoir un grand écart entre la réalité et l'idée (notre perception, nos représentations) que nous avons collectivement des aînés et du vieillissement. Une telle différence entre ce que nous imaginons et la réalité peut être appelée un mythe (1). Et les mythes reposent sur les opinions toutes faites que sont les stéréotypes.
Il existe un mythe sombre, très tenace dans l'esprit des gens et des médias : les mots « personne âgée » ou « vieillissement » sont trop souvent inséparables d'une idée de faiblesse, de fragilité, de dépendance, de perte d'intérêt, de maladie, de résignation, de solitude, d'insécurité et d'improductivité (2) . Quelle litanie!
Voici concrètement comment nous pensons ces stéréotypes (3)
1 - La sénilité est inévitable avec la vieillesse.
2 - La plupart des gens âgés sont seuls et isolés de leurs familles.
3 - La majorité des aînés ont une mauvaise santé.
4 - Les personnes âgées sont plus sujettes à être victimes de la criminalité que les plus jeunes.
5 - La majorité des gens âgés vivent dans la pauvreté.
6 - Les aînés deviennent davantage pratiquants sur le plan religieux.
7 - Les personnes âgées sont moins productives que les autres.
8 - La retraite provoque chez les gens âgés des problèmes de santé et accélère le processus vers la mort
9 - La plupart des aînés n'ont pas d'intérêt ou de capacité pour des relations sexuelles.
10 - La plupart des gens âgés finissent leurs jours dans des institutions qui leur sont destinées.
C'est cet ensemble de préjugés qu'on appelle l'âgisme. Si certains associent les aînés à la grande pauvreté, d'autres, au contraire, déclarent les aînés bien nantis : n'est-ce pas curieux ? Le drame qui résulte de ces fausses représentations, c'est qu'elles finissent par répandre l'idée que les personnes âgées sont un fardeau pour la société.
Nous ne sommes pas à une contradiction près. Un mythe doré existe aussi et il est tout aussi peu réaliste que le précédent. On le trouve dans les médias et la publicité qui s'adressent aux retraités : il présente les aînés dans « un troisième âge de rêve passé à voyager, à jouer au tennis ou au golf, à danser et à sortir dans les restaurants. […] Un "âge d'or" à la portée des nantis, mais peu accessible aux aînés à faibles revenus, en mauvaise santé ou qui vivent isolés… »(4)
Ces deux représentations sont injustes parce qu'elles généralisent beaucoup trop, elles ne reflètent pas la réalité et elles nous font oublier complètement que les aînés sont des personnes à part entière. Elles nient leurs capacités personnelles, elles font fi de leur grande expérience. Surtout, chaque personne âgée se sent interpellée par ces images qui minent sournoisement leur estime de soi. Elles affectent leur dignité, notamment, lorsqu'elles conduisent à l'infantilisation et au tutoiement des aînés. Sans compter qu'elles laissent planer un climat qui favorise l'éclosion des abus. Pour la société en général, les stéréotypes négatifs ne sont pas sains puisqu'ils montrent le vieillissement comme un déclin social plutôt qu'un processus normal. Ils cultivent la gérontophobie, une crainte et « une méfiance irrationnelle du vieillissement et de la vieillesse » qui conduisent au mépris (5) et au langage discriminatoire. Ils entretiennent une mentalité qui cherche à mettre les aînés à l'écart et prive la société de l'apport qu'ils sont en mesure de fournir. Ne devrait-on pas aider les aînés, d'une façon indirecte mais véritable, en informant mieux la société en général, en corrigeant les fausses perceptions ? Les médias pourraient-ils y contribuer?
Notes
(1) Le mot mythe a plusieurs significations dont celle-ci : c'est « la construction de l'esprit qui ne repose pas sur la réalité » (Le Petit Larousse)
(2) Largement inspiré de l' Avis sur les orientations d'une politique de vieillissement, du Conseil des Aînés, 1998, Annexe II, « La réalité des aînés québécois » Résumé, p. 2
(3) Tableau reproduit du livre Les personnes âgées et les solidarités. La fin des mythes, Jacques Roy, IQRC, 1998, page 18, citant C. Kart, The realities of Aging. An introduction to gerontology, University of Toledo, 1997.
(4) Expression, Bulletin du Conseil consultatif national sur le troisième âge, Vol. 16, no 2, « Les "vieux" mythes ».
(5) Conseil des aînés, Avis sur les orientations d'une politique de vieillissement, 1998, « La réalité des aînés québécois » Résumé, p. 2 et 3.
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Des situations particulières
Les aînés immigrants
Selon Statistique Canada:
- Plus d'un quart de tous les aînés du Canada sont nés en dehors du Canada. La plupart sont arrivés au Canada avant les années 1960 et environ la moitié d'entre eux sont nés en Europe de l'Ouest.
- Cependant, ce profil changera dans les années à venir, puisque les immigrants plus jeunes venant d'autres régions du monde prennent de l'âge. De 1981 à 2001, la proportion d'aînés immigrants en provenance d'Asie a augmenté pour passer de 5,6 % à 19,1 %.
- Les différences quant aux pays d'origine des immigrants se reflètent progressivement dans la proportion d'aînés faisant partie de groupes de minorités visibles. Leur proportion a crû pour passer de 2,3 % à 7,2 % de 1981 à 2001.
Plusieurs organismes travaillent sur la problématique des personnes aînées immigrantes au Québec ou encore issues de communautés ethnoculturelles. Parmi ceux-là, le CREGÉS, le CSSS de la Montagne, l’ACCÉSS issus du milieu de la santé et des services sociaux, et l’IIM, un organisme d’action sociale et de recherche.
- Le CREGÉS (Centre de recherche et d’expertise en gérontologie sociale du CSSS Cavendish) a produit deux publications traitant de la maltraitance envers les aînés issus de communautés ethnoculturelles (regards sur la prévention et l’intervention). Dans le cadre de l'axe de recherche Milieux de vie, le Centre a réalisé une recherche portant sur la grand-parentalité et les représentations sociales du soutien intergénérationnel chez les Baby-boomers issus de trois groupes ethnoculturels au Québec.
- Le CSSS de la Montagne intervient dans un milieu hautement pluriethnique et mène des recherches portant sur les déterminants sociaux de la santé et les pratiques de soins, avec comme but ultime d’adapter les interventions et les services à la diversité ethnique des populations. L’orientation de leurs interventions suit ce verbe d’action : la pratique de citoyenneté inclusive! Dans un tel contexte, leur programme de recherche comporte un axe thématique portant sur la santé mentale des personnes aînées.
- L’ACCÉSS (Alliance des Communautés Culturelles pour l’Égalité et les Services Sociaux), dans ses actions, se préoccupe surtout de la santé mentale des personnes aînées issues des communautés ethnoculturelles et aborde les questions suivantes :
- Accessibilité, adaptation et adéquation ethnoculturelle des services;
- Transculturalité de la santé publique;
- Cliniques ethnoculturelles et santé mentale;
- Habitation et maintien à domicile;
- Santé mentale et relations familiales.
- L’IIM (Institut interculturel de Montréal) s’intéresse spécifiquement à la problématique de la prise en charge des personnes aînées des communautés ethnoculturelles, tant au niveau interculturel qu’intergénérationnel, ainsi qu'aux problèmes rencontrés par les aidants naturels au sein des familles vivant avec leurs aînés. Un des récents projets de l’IIM concernait justement la formation des intervenants et l’empowerment des familles en vue d’améliorer les conditions de vie et de santé mentale de cette population à risque.
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Les sans-abri
Bien que les sans-abris soient de plus en plus jeunes, il n'en reste pas moins que le mythe du clochard âgé qui tend la main ou qui cuve son vin a la vie dure. Toutefois, bon nombre de personnes vulnérables, dont les personnes âgées, sont susceptibles de vivre un jour ou l'autre dans la rue.
La Direction du logement de la Ville d'Ottawa accorde du financement aux organismes communautaires qui, à leur tour, viennent en aide aux sans-abri et aux personnes qui risquent de le devenir. Cette collaboration s'est transformée en un système de services allant de la prévention à la recherche de logements permanents:
Refuges d'urgence: Les responsables des refuges offrent divers services à leurs clients; ils les nourrissent, les abritent et les prennent en charge, voyant à ce que chacun soit évalué et aiguillé vers les services sociaux et de santé dont il a besoin. Chaque refuge compte un travailleur de soutien au logement, qui aide les clients à trouver un logement à long terme et à s'établir dans la collectivité.
La Direction du logement subventionne 850 personnes hébergées dans 25 foyers d'accueil spécialisés d'Ottawa. Leur capacité varie entre 20 et 170 lits et on y héberge des personnes âgées, fragiles ou ayant des besoins spéciaux. Ces établissements fournissent un accès direct et facile aux soins de santé et à d'autres ressources communautaires.
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Des éléments dynamiques de notre société
Les personnes âgées sont des éléments dynamiques pour la société : elles enrichissent la vie familiale et communautaire. Elles pratiquent un bénévolat aux multiples visages. Plusieurs travaillent à temps plein ou partiel. Ce sont autant d'occasions de mettre à profit leur expérience et de transmettre leurs savoirs. Les aînés contribuent aussi à faire tourner l'économie puisque, bien sûr, ils « consomment » dans leur vie quotidienne, pour leurs loisirs et leurs nouveaux apprentissages. La satisfaction de leurs besoins particuliers stimule les entreprises dans divers créneaux, comme celui de la conception et de la réalisation de résidences pourvues de services et toute une gamme de produits adaptés.(1)
L'information est nécessaire pour changer les mentalités, lutter contre les préjugés, faire connaître la contribution des personnes âgées. Des aînés travaillent d'ailleurs à changer la donne. Le livre de Betty Friedan, La révolte du troisième âge. Pour en finir avec le tabou de la vieillesse ? est devenu un classique qui a beaucoup remué les esprits en plaidant « en faveur d'une nouvelle vieillesse qui serait un troisième âge de l'existence, ayant son propre rythme, sa place dans le monde du travail, vivant une sexualité sans honte et bénéficiant d'une médecine qui soit, non la conservation à tout prix, mais un accompagnement vers sa fin ». Le livre de Florida Scott-Maxwell, La plénitude de l'âge, écrit à 82 ans, raconte l'expérience de vieillir et explore « la liberté et l'état "d'ardente énergie" qui caractérise ce moment précieux de l'existence. » Et que dire des « Panthères grises », mouvement né en 1970 aux Etats-Unis qui plaide pour que la vieillesse devienne enfin une période de la vie comme les autres. Au Québec, Janette Bertrand est devenue un symbole d'une vieillesse aussi active qu'intéressante.
Lorsque nous considérons les aînés comme des personnes à part entière, ne sommes-nous pas les premiers à nous enrichir? Avec le vieillissement de la population, le mouvement d'intégration des aînés à la vie sociale ne doit-il pas se poursuivre et s'amplifier dans une « perspective intergénérationnelle » afin de construire comme le souhaite le Conseil des Aînés : «une même société pour tous les âges »?
Notes
(1)Ministère de la famille, des aînés et de la condition féminine (MFACF), Une pleine participation des aînés au développement du Québec - Rapport de l'équipe de travail « Afin de construire un Québec pour tous les âges » Tournée de Consultation. « Compte rendu de la rencontre de Sainte-Foy le dimanche 27 février 2005 », p. 95.
Pour participer à l'évaluation de ces moyens d'information, veuillez contacter Pierre-Luc Lévesque au dialogue@espacecsb.com. Merci!
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